B. Delepine, G. Kervern – 2010

Que dire à propos de cet OCNI (objet cinématographique non identifié) ? Voici la question qui m’occupe en cet instant solennel d’écriture de post à propos du dernier film vu hier soir avec Doy dans notre cinéma préféré… En ce qui me concerne, je suis arrivée à la séance sans rien avoir lu sur ce film, bien décidée à ne pas me laisser influencer par quelque critique que ce soit. Bien évidemment, je savais qu’il avait été réalisé par Benoît Delépine et Gustave Kervern. Etait-il nécessaire d’en savoir plus ?
Je laisse le soin à Doy de résumer le scénario, comme il sait très bien le faire. Je vais plutôt vous dire quelles sont mes impressions à froid (c’est-à-dire après une nuit de sommeil, fort salutaire). Et bien, comme à chaque fois que je visionne une production du tandem groslandais, je suis partagée entre l’hilarité et le malaise. En effet, je reconnais avoir cette fois encore beaucoup ri devant l’accumulation de scènes et de détails plus gros, glauques et absurdes les uns que les autres (je pense en particulier à la scène du pot de départ en retraite de Serge Pilardos/Gérard Depardieu). Mais c’est bien cet angle d’approche (le parti pris de l’absurde pour montrer la réalité) qui nécessite pour le spectateur de rester au degré zéro du visionnage s’il veut en rire. Car dès que l’on se met à réfléchir on est foutus et on ressent très rapidement la nausée devant la misère humaine (intellectuelle, affective, sexuelle…), la vieillesse, la laideur, etc… présentées sans artifices et sans pudeur, de la manière la plus crue qui soit.
Je tempèrerai néanmoins mes propos en saluant le jeu des acteurs – Gérard Depardieu en particulier qui porte le film à bras le corps, mais aussi Yolande Moreau et les autres, excellents – et l’optimisme qu’il m’a semblé percevoir tout au long du film. En effet, le personnage joué par Gérard Depardieu va peu à peu se libérer de ses démons passés pour goûter enfin au bonheur, un bonheur bien mérité après une vie de labeur si difficile. Ce film est en effet aussi un hymne aux choses simples de la vie qui font que celle-ci est si agréable quand on sait les apprécier à leur juste valeur.

Shifue.

Bon je vais vous le faire le pitch alors. Serge Pilardos se retrouve bien malgré lui à la retraite, il ne l’a pas vu venir et le moins que l’on puisse dire c’est que c’est un choc. Après un pot de départ  autant mémorable que pathétique il se retrouve seul, chez lui sans même un hobby pour occuper ses longues journées. Cependant il semblerait qu’il n’ait pas tous ses points pour obtenir une retraite pleine. Il va donc devoir enfourcher sa vieille Münch Mammut (moto mythique, moteur de voiture de 1000cm3, 4 cylindres en ligne, 350kg pour 260ch dans certaines versions) pour retrouver tous ces justificatifs qui lui font défaut. C’est donc sous forme de road-movie que nous allons voyager avec Mammuth en quête de beaucoup de choses…

A mon tour de dire ce que je pense de ce film hors de tout standard. Tout d’abord je ne connais Benoit Delépine et Gustave Kervern qu’à travers Groland, je n’ai pas vu leur 3 premiers films. C’est donc plutôt avec un œil « averti » que je suis allé à cette séance. Et bien même en s’imaginant un peu le topo on se prend une belle claque. Pour nous mettre en selle il y a d’abord cette scène incroyable, invraisemblable, inouïe, du pot d’adieu où l’on rigole à gorge déployée. C’est drôle et pathétique à la fois. Et justement tout l’enjeu du film se trouve là : la limite entre le burlesque où l’on rigole des ces situations insolites et le glauque de situations sinistres. Ce film m’a d’ailleurs fait penser à 2 choses, un reportage et un autre film. Tout d’abord le reportage de l’excellente émission Striptease dans lequel nous vivons avec un jeune homme passionné de tuning. Je me souviens parfaitement de ma réaction face à ce reportage, j’ai d’abord rigolé franchement pour peu à peu devenir très mal à l’aise face à la vie de cet homme et ce qu’il fait vivre aux siens. Ensuite j’ai pensé au merveilleux film de Benoit Mariage : Les convoyeurs attendent. La piteuse vie de Roger (Benoit Poelvoorde), photographe à la rubrique « chiens écrasés » dans un canard local et qui veut que son fils soit « quelqu’un », champion d’ouverture et de fermeture de portes. Un personnage si attachant au fond que ce père qui souhaite du « mieux » pour ses enfants. On retrouve d’ailleurs Benoit Poelvoorde dans Mammtuh, en guest star, qui nous fait du Poelvoorde au petits oignons, du gras, du lourd, du raté en survet et sandales… J’ai aussi aimé croiser Dick Annegarn et son timbre de voix si particulier. Enfin que dire des 2 principaux protagonistes que sont Yolande Moreau et Gérard Dapardieu ? La première est étincelante dans ce rôle. Elle ne nous fait pas du Moreau des Deschiens comme on pourrait le croire (ou en avoir peur), non elle joue admirablement bien cette caissière de supermarché qui pousse son homme à trouver ces papiers perdus, cette femme amoureuse de son pachyderme de mari, tellement vraie. Enfin l’énorme – et c’est peu dire – Gérard Depardieu m’a bluffé, époustouflé, scotché. Je ne suis pourtant pas un fan de la première heure mais là je dois bien avouer tout le bien que je pense de ce monstre sacré du cinéma français. A ce film assez noir au fond il donne une dimension supplémentaire, celle de l’optimisme – que remarque fort justement Shifue, maitre de son Etat – qui nous montre un homme qui va simplement trouver une certaine forme de bonheur, le sien.
Que retiendrai-je de ce film ? Une musique très agréable avec aux manettes Gaëtan Roussel ce qui m’a peu étonné en voyant le générique. Le découverte de cette sacrée moto qui ne peut laisser indifférent. Et puis un personnage attachant au fond, heureux de vivre sa vie, loin des standards et des clichés qui nous sont dictés par la vie d’aujourd’hui. J’étais un peu mal à l’aise en sortant du ciné mais ce matin au réveil je ne gardais qu’une image : l’optimisme.

Doy.

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