Atiq Rahimi – Gallimard (Folio n°5043) – 2010 – 137 p.

Le Prix Goncourt 2008 décerné à Atiq Rahimi pour ce roman est amplement mérité. C’est une histoire dure et même violente que l’auteur nous raconte ici, dans un style direct, percutant. Mais quelle finesse, quelle minutie dans le choix des mots de la part de ce poète qui a abandonné pour la première fois le persan, sa langue maternelle, pour écrire en français.
En persan, ‘Syngué sabour’ signifie ‘Pierre de patience’. Il s’agit d’une pierre magique dont la fonction est d’absorber les secrets et les peines des personnes qui se confient à elle pour les libérer d’un poids trop lourd à porter et qui, après avoir emmagasiné ces souffrances, finit par éclater.
Dans ce roman, la syngué sabour n’est pas une pierre, c’est un homme plongé dans un état végétatif après avoir reçu une balle dans la nuque, et que sa femme veille en récitant sans fin le nom de Dieu tout en égrainant un chapelet pour le ramener à la vie, comme le lui a ordonné un mollah. Cette femme va peu à peu se livrer,  se confier à cet homme, son mari, qu’elle ne connait au fond pas vraiment car ils n’ont vécu en tout et pour tout que trois ans ensemble, par intermittence, au cours des dix années qu’a duré leur mariage. Des secrets, elle en a, profondément enfouis en elle. De la souffrance, elle en a subi également. Le tout va remonter à la surface, lentement au début, puis de manière de plus en plus violente jusqu’au dénouement final.
Le tour de force de ce roman tient à plusieurs raisons qu’il serait sans doute trop long de détailler ici. A son entame, notamment : ‘Quelque part, en Afghanistan ou ailleurs‘ : tout est dit dans cette première phrase, qui fait du même coup de cette histoire une histoire universelle et de la souffrance de cette femme – probablement afghane – la souffrance éprouvée par toutes les femmes qui vivent dans l’oppression d’un mari autoritaire et violent,  dans la tyrannie d’une société faite par et pour des hommes ayant érigé la loi religieuse au-dessus de tout. Ce sentiment d’universalité est renforcé par le fait que les personnages eux-mêmes n’ont pas de noms : il s’agit de ‘l’homme’ et de ‘la femme’, mais aussi de leurs ‘filles’, de ‘la tante’ de la femme, etc… Tour de force également en raison de l’empathie que l’on ressent envers cette femme brisée mais qui va utiliser cette épreuve pour se (dé)livrer du poids que la société fait peser sur ses semblables. Elle cale sa respiration sur celle de son homme, et nous aussi finissons par caler notre lecture sur la respiration du texte. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce magnifique roman, mais je m’arrêterai là, en vous conseillant de prendre le temps de le lire, de méditer ces paroles dures et bouleversantes.

Note : 5/5.

Shifue.

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