Boualem Sansal – Gallimard – 2008 – 264 pages

Ami lecteur, si tu es à la recherche d’un roman divertissant, humoristique, passe ton chemin ! Ce livre, basé sur des faits réels, n’a rien de drôle, c’est le moins que l’on puisse dire. Si, en revanche, tu es prêt à entendre une histoire dont tu ne sortiras pas indemne, alors assied toi et écoute !
Les frères Schiller, Rachel et Malrich, sont nés de mère algérienne et de père allemand.
Leurs prénoms mêmes – Rachel, contraction de Rachid et Helmut, et Malrich, contraction de Malek et Ulrich – témoignent de cette double culture. Ils ont été élevés en banlieue parisienne par un couple qu’ils considèrent comme leurs oncle et tante. Leur père pensait en effet que la République française leur donnerait la possibilité de réussir leur vie, là où l’Algérie, qui de surcroit s’enfonce dans la guerre civile au début des années 90, ne pourrait rien leur offrir de bon. Les deux frères sont en tous points différents, et pas seulement en raison de leur écart d’âge. Rachel est un trentenaire sérieux qui a réussi, puisqu’il travaille en tant qu’ingénieur dans une multinationale après avoir réussi brillamment ses études. Il est marié à Ophélie, son amour de jeunesse, et habite un joli pavillon de banlieue. Malrich, le plus jeune, traîne son ennui dans une cité livrée à la terreur imposée par les fondamentalistes religieux, qui ont d’ailleurs essayé de l’enrôler, lui et ses copains. Voilà le début de l’histoire…
Ce roman est construit sous la forme de journaux croisés, puisqu’il s’agit d’extraits des confessions de Rachel et Malrich. Ce dernier récupère en effet au début du livre le journal de Rachel après le suicide de celui-ci, et va chercher à comprendre les raisons qui ont poussé son frère à commettre un tel geste. Malrich, qui avait arrêté l’école très jeune, va alors se mettre à écrire comme son frère, peut-être pour se sentir plus proche de Rachel, avec lequel il constate qu’il n’a jamais réussi à communiquer tant le fossé entre les deux était grand dans la manière de vivre. Sans dévoiler l’essentiel de l’intrigue, on apprend très rapidement que Rachel s’est donné la mort après avoir découvert que son père était en fait un ancien nazi qui avait participé à la mise en oeuvre de la solution finale. Mais où réside la force de ce roman ? Son auteur, Boualem Sansal, nous invite en fait à réfléchir de manière profonde sur le Mal et ses origines, notre part de responsabilité à tous dans sa propagation, mais aussi à la répétition de l’histoire et au fait que les hommes ne tirent aucune leçon des erreurs commises dans le passé. Lorsque Rachel découvre le passé de son père, qui vient d’être assassiné avec leur mère et la majorité des habitants de leur village par des intégristes du GIA, c’est comme si le monde s’écroulait sous ses pieds. Il n’est pas responsable des crimes commis par son père, mais va pourtant souhaiter les endosser et se présenter à la justice des hommes, là où son père a choisi de fuir. La culpabilité et la honte sont telles qu’il refuse de faire comme s’il ne savait pas. Malrich, de son côté, choisit dans une certaine mesure de faire face, de dire la vérité et de l’assumer (jusqu’où, et pour combien de temps ?). Il croit reconnaître dans la figure des imams
et la peur qu’ils font régner sur la cité la façon de faire des anciens bourreaux nazis, capables de tout et surtout du plus ignoble, les uns pour imposer leur religion, les autres leur idéologie. Ce roman prend à la gorge, dérange. Il interpelle son lecteur et ne le laisse jamais tranquille. Mais justement, et c’est en cela qu’il réussit un tour de force, il montre que face à l’horreur et à l’abject, on a toujours le choix.

Note : 5/5.

Shifue.

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