A Sibran, Tronchet – 2003 – Dupuis – 64 planches

Alain est un pied-noir qui travaille à Alger pour une compagnie d’assurance française. Nous sommes en 1962 et il est le seul à être resté, sa femme, sa mère et sa soeur sont parties se mettre en sécurité en France, loin des événements. Un soir, alors qu’il rentre du travail, Alain se retrouve au beau milieu d’une fusillade dont il ressort seul survivant. Le lendemain un de ses amis d’enfance, un algérien, lui annonce qu’il est sur la liste du FLN, il ne lui reste plus qu’une chose à faire pour sauver sa peau : quitter ce beau pays. La veille de l’indépendance il embarque sur un gros paquebot avec pour seul bagage le chien de sa sœur – c’était sa valise ou le chien, il a choisi le chien. Alain se retrouve à Paris, au chevet de sa femme qui vient d’accoucher et qui lui a donné une petite Jeanne. Une nouvelle vie s’offre à cette famille, dans la grisaille, loin du soleil et de la mer tiède. Mais comment vivre ici quand on est mal accueilli, quand les blessures du passé ne sont pas refermées ?
‘Tu disais : « Là-bas, c’est tellement beau. C’est impossible à dire. Faut y avoir été ». Mais moi, je n’étais pas encore née. Si bien qu’à force, je me suis inventé un Alger, pour te suivre pas à pas, quand tu racontais ton histoire. J’ai mis mes image sur tes mots.’ Voilà les premières phrases de cet album, c’est la voix off omniprésente dans cette histoire, celle de Jeanne, la fille d’Alain. C’est donc l’histoire de son papa que raconte ici Jeanne ou plutôt Anne Sibran qui raconte sa propre histoire. Et c’est une histoire touchante qu’elle nous fait partager. De quoi s’agit-il ici ? D’un homme déraciné, qui se renferme sur lui même avec le temps, qui s’éteint à petit feu au fil des années. C’est aussi le cadeau d’une fille à son père où elle lui livre tout l’amour qu’elle lui porte. Cette magnifique histoire prend vie sous les traits de Tronchet. Il est vrai qu’en ouvrant un album de Tronchet on peut légitimement s’attendre à lire une satire sociale. On se prépare à lire cet humour noir, cru, qui tape là où ça fait mal. On s’attend également à trouver du looser en veux tu en voilà, des miséreux s’excusant auprès des riches d’exister. Eh bien oubliez ce que vous avez l’habitude de lire, ici les gros traits de Didier Tronchet servent admirablement l’histoire de la famille Mercadal. Les planches sont mises en couleur selon les lieux : des couleurs chaudes pour l’Algérie et froide pour la grisaille parisienne. C’est en me renseignant que j’ai pu voir que Tronchet et Sibran avaient travaillé ensemble à plusieurs reprises, et j’ai très envie de voir le reste de leur travail. Certes je suis emballé dès que je vois le nom de Tronchet sur une bd, mais il faut reconnaitre que cet album est une véritable réussite qu’on referme avec une pointe d’émotion et le coeur serré. A lire absolument !!!

Note : 5/5

Doy.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s