Intégrale – Art Spiegelman – Panthéon – 1997 – 292 planches

Comment raconter l’indicible en BD ? Alors même que l’on pense que tout a déjà été dit, écrit, raconté sur l’Holocauste par les survivants de l’horreur eux-mêmes ? C’est le pari fou qu’Art Spiegelman s’est lancé dans les années 70-80, et dont il s’est parfois demandé s’il était bien sensé.
Art Spiegelman n’a pas vécu l’enfer des camps de concentration. Dans ce récit poignant, c’est à son père, Vladek Spiegelman, juif polonais déporté à Auschwitz en 1944 avec son épouse Anja, la mère d’Art, qu’il donne la parole. ‘Maus’, c’est donc l’histoire de ce couple, ses parents, pris dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale, leur histoire dans l’Histoire. Mais aussi la tentative d’un fils pour comprendre : comprendre son père et la relation qu’il entretient avec lui, faite d’attraction-répulsion. Comprendre le suicide de sa mère, rescapée des camps, dont le geste de désespoir reste inexpliqué. C’est aussi pour lui le moyen d’apprivoiser la culpabilité, celle que peut éprouver un fils né après la guerre à laquelle son frère aîné n’a pas survécu. Un frère dont l’absence est d’autant plus pesante. Quelques mots du dessin lui-même : du noir et du blanc, bien sûr, y avait-il un autre choix possible ? Et ce n’est pas être manichéen que de dire celà. Et puis, des souris (les Juifs) et des chats (les Nazis), qui illustrent très bien l’expression ‘jouer au chat et à la souris’. Ca se passe de commentaire, non ?
Une claque, donc. Voilà ce que l’on ressent en lisant ‘Maus’. C’est en effet une expérience particulière, dont on ne sort pas indemne. L’histoire, bien sûr, fait froid dans le dos. Comment ne pas penser, à l’évocation des épreuves successives que traversent Anja et Vladeck, que c’était bel et bien cela, le calvaire de milliers et de millions de Juifs, il y a un peu plus d’un demi-siècle. L’horreur va en effet crescendo, et quand on arrive au chapitre intitulé ‘Là où mes ennuis ont commencé’, on se demande ce qui va bien pouvoir encore se produire de plus affreux que ce qui s’est déjà passé… Une claque, pour ne pas oublier.

Note : 5/5.

Shifue

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