petit_paysGaël Faye – Grasset – 2016 – 224 p.

Voilà, j’ai refermé hier « Petit pays » – que m’a offert récemment mon chéri – et je peux dire que c’est un vrai coup de cœur. Je n’en avais pas entendu parler, j’aurais dû. Car il s’agit d’un succès remarqué de cette rentrée littéraire – Prix du roman F… (sans vouloir faire de pub) – à mon sens amplement mérité.
L’histoire, en résumé : Gabriel, surnommé Gaby, a une petite dizaine d’années en 1992. Il habite à Bujumbura au Burundi avec son père, un Français, sa mère, une Rwandaise, et sa petite sœur. Ses journées s’écoulent lentement dans une atmosphère paisible, que viennent animer les retrouvailles quotidiennes avec les copains de l’impasse du quartier dans lequel il réside – Gino, Armand et « les jumeaux » -, un havre de paix dont ils sont les maîtres.
Mais très vite, le petit monde de Gaby va se fissurer (petit, comme dans le titre du roman, revêt ici un sens affectueux). Ses parents, qui se disputent de plus en plus, finissent par se séparer. Sa mère, issue d’une famille Tutsie, se rallie à l’espoir de sa famille de retourner au pays natal, fui dans les années 1960 pour cause de guerre civile. Pour Gaby, ce n’est que le commencement
 de la perte de l’innocence qu’il doit à son statut d’enfant. Car le contexte politique va très vite se dégrader également : élections présidentielles suivies d’un coup d’Etat, tensions grandissantes entre les communautés ethniques, montée de la violence. Gaby, dont le père refusait que sa sœur et lui ne s’occupent de politique, va malgré lui être confronté à une réalité que nul enfant ne devrait connaître : les horreurs causées par la haine aveugle et la guerre.
C’est un très beau livre que voilà, donc. On se prend très rapidement d’affection pour le jeune Gaby et son petit monde, dont on sent qu’il revêt pour lui une importance capitale et qu’il aimerait garder intact à jamais. Sauf que la réalité, chaque adulte le sait bien, ce n’est pas ça. A fortiori en temps de guerre. Ce pourrait être un roman d’apprentissage ou initiatique, sauf qu’ici le passage à l’âge adulte est plus que violent : il se fait dans le sang et les larmes.
L’écriture de Gaël Faye, très belle, très juste, donne à ce roman une véritable force. C’est un enfant qui parle, mais on sent pourtant une maturité saisissante, que bien des adultes ne pourraient revendiquer. On ressent une vive émotion à voir Gaby perdre peu à peu son innocence sous le coup du destin, qui s’acharne sur tout le monde sans distinction, au moment où l’on s’y attend le moins.
Après avoir refermé le livre j’ai eu envie d’en apprendre plus sur le roman et son auteur. Je suis notamment tombée sur la chanson qu’il a enregistrée à propos de son petit pays, car Gaël Faye est également slameur et ça se sent aussi dans le rythme du livre. Une belle chanson qui restitue la beauté d’un pays et celle de l’enfance, que Gaby voudrait préserver à jamais.
Il y aurait encore bien d’autres choses à dire sur ce roman, mais je vous laisse le soin de les découvrir par vous-mêmes. 

Et pour terminer, quelques extraits qui, je l’espère, vous donneront envie d’ouvrir ce très beau livre :

« – Un livre peut nous changer ?
– Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. (…) »

« Je n’avais pas de réponse à donner à ma petite sœur. Je n’avais pas d’explications sur la mort des uns et la haine des autres. La guerre, c’était peut-être ça, ne rien comprendre. »

« Dans mon lit, au fond de mes histoires, je cherchais d’autres réels plus supportables, et les livres, mes amis, repeignaient mes journées de lumière. »

« Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. »

Note : 5/5

Shifue.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s