Astérix et Obélix, au service de Sa Majesté

Astérix Obélix Reine Angleterre César

Réal. par Laurent Tirard, 2012, 1h49.

Je pense avoir déjà eu l’occasion de l’écrire ici ou là : ce qui est bien lorsque l’on a des enfants, c’est que l’on peut aller au cinéma pour voir des films d’animation ou dits « tous publics » en parfaite décontraction, sans avoir à se justifier. Lorsque l’on est resté un peu enfant soi-même il est donc très facile de se fondre dans la masse des spectateurs et de savourer un moment de distraction sans avoir à rougir de ne pas être allé voir à la place le dernier film d’auteur qui fait parler dans les dîners bobos.
C’est donc dans cet état d’esprit que j’ai emmené mes enfants voir « Astérix et Obélix, au service de Sa Majesté » mercredi dernier. Bon j’avoue quand même que c’était le seul film adapté à leurs âges et goûts différents. Je dois également reconnaître que j’avais quelques a priori envers ce quatrième épisode car j’avais beaucoup aimé le premier volet réalisé par Alain Chabat, « Astérix et Obélix : mission Cléopâtre ». Sans doute en raison du ton très « Nuls » de ce film, les deux suivants n’ayant d’ailleurs pas rencontré le même succès critique.
Dans ce nouvel opus l’histoire est on ne peut plus simple : César, avide de nouvelles conquêtes, décide d’envahir la Bretagne pour agrandir son Empire. La Reine de la Bretagne envoie son fidèle conseiller Jolitorax en Gaule pour demander de l’aide aux « irréductibles », en la personne d’Astérix et Obélix. Ceux-ci ont alors fort à faire avec le neveu de leur chef qui leur a été confié pour parfaire son éducation, un jeune lutécien plein de morgue qui ne jure que par la musique et les jolies filles. Ils voient donc là l’occasion rêvée de se rendre utiles tout en donnant une bonne leçon au jeune insolent, en l’embarquant avec eux dans ces nouvelles aventures. Mais, bien évidemment, rien ne va se dérouler comme prévu : ni pour l’équipée bretonne-gauloise, ni pour César et ses troupes.
Et alors, me direz-vous ? Comment ai-je trouvé le film ? Eh bien je dois avouer sans honte aucune que j’ai passé un très bon moment ! Tout d’abord, le casting est particulièrement réussi. Obélix et Depardieu semblent ne faire qu’un, rien à redire. « Ils » volent même la vedette à Edouard Baer, qui campe un Astérix beaucoup moins matois que le personnage d’Uderzo et Goscinny à qui il apporte une touche de naïveté et de dérision (selon moi beaucoup plus juste que ne l’était Clavier). Luchini est parfait en César mégalomane, hypocrite et cynique. Quant aux autres acteurs, dans des rôles plus ou moins secondaires, ils jouent tous très juste. Mention spéciale à Valérie Lemercier en Bretonne coincée prout-prout, qui va faire chavirer le coeur d’ « Ob’lix » (les enfants ont beaucoup ri en entendant l’accent « breton »). Les gags, ensuite : ils se succèdent comme l’on peut s’y attendre mais font également mouche, ce qui n’est pas forcément toujours garanti avec ce genre de films. Et je reconnais que je rigole parfois encore plus lorsque je vois les enfants rire, ou bien à l’inverse ne pas relever certaines petites phrases plus destinées à faire rire les parents que les enfants, comme il y en a d’ailleurs quelques unes dans cet épisode. Enfin, mais là c’est la fan de musique rock pop qui parle, j’ai beaucoup aimé les deux apparitions des BB Brunes dont la musique clôt le film, non pas à l’occasion d’un grand banquet final comme dans les albums de notre enfance, mais d’une fête donnée en l’honneur des héros gaulois qui ont réussi à défaire une nouvelle fois l’impitoyable César.
A quand le prochain épisode ? Ah zut, les enfants ne voudront peut-être pas aller le voir s’il sort dans 3 ans… !

Skyfall

Skyfall James Bond MI6 M Q EspionnageRéal. par Sam Mendès, 2012, 2h23

Dimanche dernier. Un temps frais, humide, automnal, parfait pour aller au ciné. Le nouvel opus des James Bond, le fameux agent secret 007, nous tend les bras. Bref, en bon public que nous sommes de cette série, nous nous laissons tenter…
En ce qui me concerne, je n’avais pas lu au préalable le synopsis avant d’aller voir le film. A chaque fois que je vais voir un « James Bond », je sais de toute façon que je vais passer un bon moment. Eh bien cette fois encore, je me suis laissée prendre dans l’histoire. Et même plus : je tiens ce nouvel épisode pour l’un des meilleurs numéros de la série, tout au moins l’un des plus réussis parmi ceux des 20 dernières années, qui ont vu se succéder Thimothy Dalton, Pierce Brosnan et… le très à propos Daniel Craig (aïe… je sens que je vais encore me faire disputer sur ce coup là…).
Je vous laisse la surprise de l’intrigue somme toute assez simpliste (James doit cette fois se battre contre un ennemi particulièrement redoutable, qui n’a d’autre but que d’assouvir une vengeance toute personnelle contre M pour laquelle il travaillait des années auparavant), pour m’attacher à vous livrer ce qui, dans ce volet, m’a particulièrement plu. Le personnage de James Bond en premier lieu : tout en fêlures, loin de l’image lisse renvoyée par un Sean Connery ou un Roger Moore. L’espion britannique est magnifiquement servi par Daniel Craig, tout en puissance et en fragilité, en proie au doute mais également déterminé lorsqu’il s’agit de protéger M. Bref, un personnage pétri de contradictions et à mon sens beaucoup plus « moderne » et intéressant que ses prédécesseurs.
Justement, de modernité il en est question tout au long du film, et c’est là la seconde raison pour laquelle je trouve que cet opus est particulièrement réussi. Dans la lutte contre le Mal s’affrontent deux écoles, deux méthodes, deux générations. La nouvelle est emmenée par Q notamment, ici incarné par un comédien aussi jeune que Desmond Llewelyn était âgé. Q n’est plus un Géo Trouvetou génial, mais un surdoué de l’informatique et de la programmation : autres temps, autres moeurs ! L’ancienne, c’est bien sûr : M, la cible du « méchant-pas-beau-homme-à-abattre » (impressionnant Javier Bardem), décriée dans sa gestion de la crise qui touche le MI6 et mise en cause par la jeune garde du gouvernement qui aimerait bien la voir prendre sa retraite ; mais aussi James Bond lui-même, donné pour mort dès le début du film, porté sur l’alcool et physiquement plus aussi athlétique que par le passé. Bref, j’ai beaucoup aimé la philosophie de cet épisode, qui montre bien que chaque génération a sa place dans un monde où tout va toujours plus vite mais où il faut parfois savoir prendre le temps de la réflexion. Clin d’oeil particulièrement bien vu pour renforcer le propos du film : l’apparition de la célèbre Aston Martin DB5 des débuts. Sobre, racée, élégante. En un mot : magnifique !
Voilà, je n’en ferai pas des « caisses » supplémentaires mais je conclurai en vous invitant à aller voir ce 23ème épisode en salle. Le temps s’y prête particulièrement aujourd’hui, non ?

Shifue.

Que dire de plus après le brillant post de ma Shifunette ? Oui déjà je pourrais écrire ici que je ne suis pas dupe et que je sais que Shifue s’est rincée l’oeil pendant 2:23 dimanche dernier, sous couvert d’un accès à l’art cinématographique. « Mon chéri, viens allons nous cultiver, allons faire le plein de 7ème art ! » Bref Daniel il est beau, il est beau, beau, caréné, énigmatique, n’en jetez plus les filles… « Mais non mon chéri tu es 10000 fois mieux que lui tu sais, et puis lui il est trop musclé », mouais mouais je sais bien tout ça……..
Une fois ma crise de jalousie passée et les filets de bave de ma chérie séchés j’ai pu me concentrer sur le film. Pour ma part j’en avais déjà entendu parler à la radio, puis j’avais pu lire un excellent post sur le blog Lectures au coeur, que je vous conseille au passage. Je vais essayer de ne pas paraphraser ma petite Shifue qui a déjà tout dit. C’est vrai que la série trouve ici une nouvelle dimension, plus humaine peut-être. James est certes le meilleur des agents il n’en reste pas moins un homme qui a un passé, pour le moins lourd à porter visiblement. Et puis rappelez vous ceci : James peut mourir, qu’on se le dise, il a un métier dangereux quand même. C’est vrai que, comparativement, je risque quoi moi ? Me planter une agrafe dans le pouce en voulant sauver ma planète qui menace d’imploser le 21/12 ?  Je m’égare il me semble… Quoi qu’il en soit, ne sortez pas vos mouchoirs les filles à l’idée que James puisse avoir un accident de travail (quand même une agrafe dans le pouce euh…) j’ai l’impression qu’on a pas fini d’en dîner du Daniel… Et dire que je sais déjà que j’y retournerai. Bon allez vais faire des abdos moua…

Doy.

Dans la maison

Réal. par François Ozon, France, 2012, 1h45 min.

De François Ozon, j’avais notamment vu et aimé « 8 femmes » et surtout « Potiche », dans lequel Catherine Deneuve et Fabrice Luchini – déjà – se partageaient l’affiche dans des registres assez inhabituels. En allant voir « Dans la maison », je m’attendais donc à passer un bon moment… et je n’ai pas été déçue. Le casting est au rendez-vous : Fabrice Luchini (donc), Kristin Scott Thomas, Emmanuelle Seigner, Jean-François Balmer, Yolande Moreau (dans un petit rôle, certes…). Et puis il y a le jeune Ernst Umhauer, vraiment très convaincant dans le rôle de l’élève-tentateur-poil à gratter…
Pour ce qui est du scénario, très brièvement, le film met en scène Germain, professeur de français dans un lycée, qui semble totalement désabusé face à une nouvelle génération d’élèves manquant de curiosité intellectuelle, de vocabulaire, et de manière générale de culture. Mais en ce début d’année scolaire, un élément semble sortir du lot dans la classe : le jeune Claude qui, à l’occasion d’un exercice de rédaction, lui rend un texte à la fois mystérieux et déroutant qui se termine par « à suivre »… Ce qui laisse entendre à Germain qu’il va se passer quelque chose, et donc pour ainsi dire va le « ferrer » comme un poisson. Car Claude s’est en fait « introduit » dans la maison d’un camarade de classe plutôt effacé et médiocre, scolairement parlant, en prenant le prétexte de l’aider à faire ses exercices de mathématiques. Mais il s’agit en fait pour lui de s’immiscer au sein d’une famille « normale » de la « classe moyenne » (ce sont ses propres mots), et de se livrer ainsi à une étude de moeurs sans concession, en jetant notamment son dévolu sur la mère de son camarade, une femme sans intelligence mais encore très attirante (Emmanuelle Seigner, évidemment…). Germain, qui s’ennuyait visiblement aussi dans son couple (formé avec Kristin Scott Thomas, parfaite dans son rôle d’épouse délaissée responsable d’une galerie d’art contemporain), va ainsi retrouver le goût d’enseigner et entrer bientôt dans une relation maître-disciple avec Claude, sans que l’on sache réellement qui est le maître et qui est l’élève.
Tout le talent de François Ozon à travers ce film est selon moi d’embarquer le spectateur dans une histoire prenante, dont on pressent qu’elle va mal se terminer mais sans que l’on sache réellement pourquoi. L’idée de parler de la transgression (introduction de Claude dans la « Maison », abolition des frontières et naissance d’une certaine forme d’intimité entre l’enseignant et l’élève – le premier allant jusqu’à voler le sujet d’un devoir de mathématiques pour donner au second une occasion de s’immiscer à nouveau dans la famille de son camarade et ainsi pouvoir lire un nouvel épisode de ce feuilleton à suspens) est très bien vue car elle n’emprunte pas les ficelles et registres classiques. La notion de voyeurisme très présente également interpelle le spectateur qui se retrouve lui aussi témoin de la vie de cette famille et prend plaisir à observer leur comportement, leurs réactions, leurs joies et leurs peines. A bien y réfléchir, on se dit que l’on n’aimerait pas être à leur place et eux à la nôtre, mais on se prend inévitablement au jeu. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce film, mais il me semble plus intéressant, pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient le voir, de le découvrir par vous même. C’est pourquoi je vous encourage vivement à aller le voir au cinéma, vous ne serez pas déçus !

Quelques heures de printemps

Réal. par Stéphane Brizé, France, 2012, 1h48 min.

C’est une histoire pas très gaie que je vous invite à découvrir aujourd’hui à travers ce film. Celle d’une mère et son fils qui n’ont visiblement jamais appris à communiquer, qui se parlent sur un ton dur, parfois violent, souvent blessant. La situation s’est envenimée suite à l’écart de conduite d’Alain, le fils, ancien chauffeur routier qui s’est retrouvé en prison pour avoir passé de la drogue dans son camion afin d’arrondir ses fins de mois. A sa sortie de prison, privé de toit et de boulot, il n’a pas d’autre choix que de retourner vivre chez sa mère. Pour ces deux êtres endurcis par la vie, la cohabitation est plus que difficile, pour ne pas dire impossible. Seule la chienne, Calie, semble avoir droit aux égards de l’un et de l’autre. C’est d’ailleurs elle qui va servir – à ses dépens – d’instrument de rapprochement après une dispute violente et une brouille qui n’en finissait pas de durer. Car Yvette, la mère, est condamnée par la maladie. Elle a fait le choix d’un suicide médicalement assisté pour devancer les assauts du cancer dont elle souffre. Elle souhaite ainsi, au moins une fois dans sa vie, pouvoir enfin « décider » de quelque chose. Contre toute attente, Alain accepte de l’accompagner dans cette voie sans issue, et c’est donc dans ce contexte que le spectateur se demande si la mère et le fils vont enfin réussir à se parler avant qu’il ne soit trop tard.
Je vous avais prévenu, c’est pas rigolo hein ? Oui mais voilà, les acteurs (
Vincent Lindon et Hélène Vincent, notamment) sont irréprochables. C’est ce qui sauve à mon sens le film d’une lourdeur rendue incontournable par le sujet traité.  Le dénouement est lui aussi très réussi. En effet, même si le film ne s’achève pas vraiment sur une note optimiste, il évite l’écueil du pathos. Il montre bien également que les « chemins neuronaux » – pour reprendre une expression chère aux psychologues – sont ancrés en chacun de nous et qu’il est difficile d’en sortir si l’on fait l’économie d’un travail sur soi. Autrement dit, pour en revenir au film, l’impossibilité à dialoguer et à communiquer, qui est finalement surtout le fait d’Alain plus que d’Yvette, ne peut disparaître complètement. Et ce même dans une situation extrême comme la mort imminente de sa mère, qui n’est malheureusement que l’occasion d’une amorce de réconciliation.
Je laisse mon Doy vous faire part à son tour de ses impressions s’il le veut bien. En ce qui me concerne, ce film m’a touchée et je le conseille à ceux d’entre vous qui, néanmoins avertis, aiment voir à l’écran des relations humaines complexes.

Shifue.

A mon tour de mettre mon grain de sel en vous disant ce que j’ai pensé de ce film. Je ne vous referai pas le pitch, ma ptite Shifunette a tout dit, mieux que ce que j’aurais fait. Alors passons à la critique. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’on ne ressort pas de cette séance avec une banane folle, je dirais même qu’on se sent à nouveau respirer quand la lumière se rallume. C’est un film fort en émotions et dur. Le jeu d’Hélène Vincent et Vincent Lindon est juste, ça sonne vrai. Certaines scènes m’ont personnellement touchées, notamment celles qui concernent Yvette, renfermée dans une dureté qui est devenue son quotidien. C’est même difficile de voir cette femme – qui a visiblement souffert par le passé dans une vie pas forcement heureuse – ne plus être en mesure de s’ouvrir aux autres et surtout à son fils. Donc si vous avez un petit moral ce n’est peut-être pas le film à conseiller cette semaine. Malgré une dureté certaine, malgré une ambiance pesante, c’est un film très réussi qui mérite d’être vu dont le jeu des acteurs est bon.

Doy.

Le chat du rabbin

Joann Sfar, Antoine Delesvaux – UGC Distribution – 2011

Que faire quand il pleut, que l’on est tout(e) seul(e) et que l’on n’a rien de particulier à faire ? Aller au cinéma, pardi ! J’attendais la sortie du ‘Chat du rabbin’ pour plusieurs raisons : tout d’abord, comme je l’ai déjà dit sur ce blog, j’adore les films d’animation ; par ailleurs, ayant commencé à lire la série en BD, plus précisément les deux premiers tomes ‘La bar mitsva‘ et ‘Le Malka des lions‘, j’étais curieuse de voir ce que ça allait donner sur grand écran.
Le film s’ouvre sur une scène où l’on découvre, grâce aux yeux du chat très judicieusement doublé par François Morel, les rues et le port, puis la baie de Tunis. J’ai trouvé les dessins vraiment très agréables à regarder. Le premier tome de la série, dans lequel le chat demande à son maître, le rabbin Cheikh Mohammed Sfar, de faire sa bar mitsva pour pouvoir se rapprocher encore plus de sa belle maîtresse, Zlabya, la fille du rabbin, est en fait balayé en une dizaine de minutes. L’arrivée du mystérieux cousin Malka, qui fait l’objet du tome 2, n’est également qu’un prétexte pour suivre les aventures qui se déroulent en fait, si j’ai bien compris, dans le tome 5 que je n’ai pas encore lu. Le chat et son maître se retrouvent donc embarqués à bord d’une automobile Citroën, avec pour compagnons de route un ancien soldat du tsar alcoolique, un imam tolérant et un jeune et beau peintre russe qui rêve d’aller à Jérusalem, la Ville sainte.
Au final, j’ai passé un très agréable moment en compagnie du Chat, qui n’a pas son pareil pour pointer les incohérences des religions – en l’occurrence ici le judaïsme et l’islam, et surtout l’aveuglement des hommes. Ce film d’animation est donc fidèle à la série, tant au niveau du dessin que des questions qu’il soulève par rapport aux croyances, au fondamentalisme et à l’intolérance. Je vous le recommande donc vivement si vous ne savez pas quoi faire ce week-end !

Shifue.

Tomboy

Céline Sciamma – Pyramide distribution – 2011

Un vrai coup de coeur pour ce film, voilà ce que je peux vous dire au lendemain de la séance ! Sur un sujet pas simple – la découverte de sa sexualité par une fillette prépubère – la réalisatrice réussit à aborder des questions délicates sans tomber dans le mièvre, la sensiblerie ou le pathos. Bravo !
Et l’histoire, alors ? Laure, une fillette d’une dizaine d’années, emménage avec ses parents et sa petite soeur Jeanne dans un nouvel appartement pendant les grandes vacances. Dès les premières images, on est troublé par son physique et son apparence, tant il est difficile de savoir s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille. Le doute subsiste un bon moment car on ne sait pas tout de suite quel est son prénom, et lorsqu’elle se présente à une petite voisine, elle dit se prénommer Michaël. Lisa, la voisine en question, n’y voit donc que du feu, de même que les copains qui jouent en bas de l’immeuble et qui vont rapidement l’adopter. D’autant que Laure/Michaël se révèle assez doué(e) au foot. Laure/Michaël va donc devoir jouer le jeu de l’ambiguïté, et le spectateur se demande combien de temps la supercherie va bien pouvoir durer. La situation se complique lorsque Lisa et son ami se rapprochent encore…
J’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre en allant voir ce film. La découverte de la sexualité, et en l’occurrence de l’homosexualité, est un thème qui a déjà pu être traité à l’écran. Mais ce qui est original ici c’est qu’il s’agit d’une petite fille, ce qui rend certaines scènes assez troublantes. Le casting est irréprochable et la jeune actrice épatante. Bref, je ne saurais que trop vous conseiller d’aller voir ce film, qui certes n’est pas très drôle (on a fait pire, voir ci-dessous…), mais qui pose des questions et assurément ouvre l’esprit.

Shifue.

Où va la nuit

Martin Provost – Diaphana Films – 2011

Si vous avez envie d’aller au cinéma pour voir un film gai et divertissant, passez tout de suite votre chemin. ‘Où va la nuit’ est en effet tout sauf une comédie, et j’avoue que cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un film aussi pesant et dénué d’espoir.
De quoi parle t-il donc ? Rose Mayer, la cinquantaine, n’a pas une vie facile. Elle est victime de violences conjugales – on ne sait pas au début du film depuis combien de temps, mais on suppose depuis de nombreuses années – et vit donc dans la peur de son alcoolique de mari. Celui-ci, un soir, rentre ivre au volant, puis renverse et tue une jeune fille. Il va logiquement en prison, mais en sort peu de temps après, avec l’interdiction de conduire. Cela ne l’empêche pas de reprendre ses escapades nocturnes à pied, et de réveiller sa femme sous les coups en plein milieu de la nuit. Rose est à bout, et va donc échafauder un plan diabolique : elle prendra la voiture, l’attendra phares éteints sur les lieux du décès de la jeune fille, et lui foncera dessus lorsqu’il arrivera sur la route. Son plan mis à exécution, tout se passe comme prévu. Une fois le mari enterré, elle part pour Bruxelles où son fils doit l’héberger pour quelques jours. Mais Rose a toujours connu la même vie, et la cohabitation avec un fils parti très tôt de chez lui pour fuir ce climat familial très lourd se met difficilement en place.
Je ne vous raconterai pas ce qui va se passer ensuite, mais vous comprendrez de vous-même que ça ne va pas être très drôle. Si je devais vous faire part de mes impressions, je vous dirais donc à nouveau que j’ai trouvé ce film pesant, tant en raison du jeu des acteurs – et ce malgré leur justesse, notamment celui de Yolande Moreau – que d’une ambiance générale pour le moins déstabilisante… Bref, jusqu’à la fin on reste sous tension, et l’on sort de la séance avec une impression d’étrange malaise.

Shifue.