Richard II – William Shakespeare

Festival In Avignon 2010 – Cour d’Honneur du Palais des Papes

Déception, le mot est faible pour traduire l’état d’esprit dans lequel je suis sortie de cette représentation hier soir, après avoir lutté pendant 2h45 contre le froid dû au vent qui s’était levé sur la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Je me faisais pourtant une joie de revenir dans ce lieu magique, imposant, où j’ai eu la chance plus jeune de voir jouées des pièces classiques avec des comédiens célèbres et talentueux. J’avais en effet déserté le In depuis l’arrivée du tandem Archambault-Baudriller, ne me retrouvant absolument pas dans une programmation axée essentiellement autour de créations contemporaines flirtant trop souvent à mon sens avec le foutage de gueule. Cette année, en voyant que Richard II était à l’affiche de la Cour d’Honneur, avec de surcroît Denis Podalydès dans le rôle principal, je me suis dit que l’occasion m’était donnée de me réconcilier avec le Festival In et de passer une bonne soirée. Hélas…
Dès les premières minutes, j’ai compris que ça allait être long, très long… Malheureusement, nous étions complètement en bout de rangée,
enclavés, n’ayant pas d’autre possibilité si nous voulions quitter les lieux avant la fin de la représentation que de déranger une vingtaine de personnes. C’était donc mal engagé. La pièce s’ouvre sur la querelle qui oppose Bolingbroke, le cousin du Roi, à Thomas Mowbray, Duc de Norfolk, protégé de Richard II. Très schématiquement, le premier accuse le second d’avoir fait tuer un proche du roi, et de fomenter un complot pour le déstabiliser. A la vérité, c’est Bolingbroke qui cherche à se débarrasser de son cousin pour accéder au trône. Mais celui-ci ne se méfie pas (par naïveté, aveuglement, ou bien parce qu’il est las d’exercer des responsabilités devenues trop lourdes ?) et ce qui devait arriver arrive, bien sûr… Que dire de la mise en scène, du jeu des acteurs ? Le décor est assez minimaliste : une immense poutre de bois barre la scène, sur laquelle sont assis les comédiens au début de la représentation, face à la salle. Sur la droite, une grande table et un personnage féminin immobile. Est-ce une femme, une poupée de cire ? On se le demande tout au long de la pièce, de même que le rôle qu’elle joue. Très bien vu en tout cas l’habillage des façades du Palais des Papes grâce à la projection de lumières qui figurent des ombres, donnant le sentiment que les murs sont vieux, salis, abîmés (ambiance de fin de règne ?). S’agissant des comédiens, les impressions sont mitigées. Une surprise : Thomas Mowbray, censé être un homme d’une quarantaine d’années, est interprété par une jeune femme blonde d’apparence lisse (malgré une armure en cotes de maille), ce qui rend difficile l’identification au personnage créé par Shakespeare. Je n’ai retenu qu’une chose la concernant : une voix incompatible avec son physique, étonnamment puissante, avec des intonations parfois à la limite du supportable. Bolingbroke, lui, est interprété par un comédien dont on apprend qu’il a remplacé au pied levé, quelques semaines plus tôt, l’acteur qui avait été retenu pour lui prêter ses traits. Pari difficile à relever, dont il ne se sort finalement pas si mal. Je ne citerai pas tous les autres, à l’exception tout de même de Denis Podalydès, lunaire, que j’ai trouvé très juste dans son rôle de Roi qui prend peu à peu conscience de sa condition d’homme mortel. Heureusement qu’il était là, car il y eut de nombreux moments dans la pièce où les gesticulations des comédiens étaient à la limite du grotesque. Car c’est cela qui m’a le plus gênée au fond, et j’en terminerai par là : l’hésitation apparente du metteur en scène entre des moments où le tragique de l’oeuvre originale est bien respecté, et des moments où l’on sent clairement qu’il a pris des libertés avec les conventions théâtrales de l’époque, ce qui donne un ensemble décousu, qui n’a pas d’allure… Bref, définitivement, il semblerait que le théâtre classique n’a plus sa place dans la Cour d’Honneur du Palais de papes, et c’est bien dommage.

Shifue.

A mon tour de mettre mon grain de sel dans ce post. J’avoue que je sais pas bien quoi ajouter surtout que j’aurais tendance à dire moins bien ce qu’à parfaitement écrit Shifue. J’avoue que lorsque j’ai vu que cette pièce durait 2:45 j’ai pris peur, je me suis dit qu’il allait falloir se concentrer pour rester à 100% dans l’histoire. En fait il m’a fallu 5 minutes pour décrocher, et encore, ai-je vraiment accroché à un moment ? Je m’attendais à une pièce classique mais j’ai été surpris après avoir remarqué que la mise en scène était pour le moins ‘free style’. J’ai certes adoré le fou du roi qui était un personnage amusant mais c’est pas assez pour passer 3 heures dans le mistral dans ce lieu sublime. En fait voir un spectacle comme celui là permet d’apprécier encore plus celui vu la veille.

Doy.

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Bartleby lu par Pennac

Festival Off (Avignon 2010) – Théâtre du chien qui fume

Dans une étude de New-York, à Wall Street, un notaire embauche un jeune copiste sans trop savoir pourquoi. Il le définit dès le début ainsi : ‘silhouette lividement soignée, pitoyablement respectable’. Rapidement, et à chaque demande de son patron, Bartleby refuse les injonctions par un simple ‘je préfèrerais pas’. Tout le récit s’organise autour de ce gentil refus, de cette aimable réponse négative : ‘je préfèrerais pas’. Dès lors le notaire veut comprendre pourquoi cet homme s’enferme dans ces refus.
Je ne connaissais pas du tout ce texte de Melville et l’ai découvert lors de cette lecture. J’ai été parfaitement séduit à tous points de vue. Déjà le texte mérite qu’on s’y attarde, c’est assez étrange de rencontrer cet homme sorti d’on ne sait où et qui est totalement en marge. Il a beau refuser les demandes de son patron on ressent une certaine sympathie pour lui. C’est d’ailleurs ce que ressent aussi le patron, de la sympathie, voire une certaine forme d’amitié. Les refus aimables de ce jeune homme le mettent hors de lui, mais il est attaché à ce personnage complexe qui sème cependant la zizanie dans l’étude. Ca c’est le texte brut dirais-je, un très beau texte plein d’humour sous-jacent. Ensuite il y a la lecture qui en est faite. Si vous avez eu la chance, que dis-je, l’insigne honneur de lire mon post sur chagrin d’école vous comprendrez que j’aime beaucoup le travail de Daniel Pennac. C’était pour moi une rencontre physique, je ne l’avais jamais vu ou entendu ‘pour de vrai’. Quel plaisir mes amis ! Pour commencer je trouve que sa voix se prête merveilleusement à ce genre de chose, elle est douce, posée, en place. Il maitrise parfaitement son texte ce qui donne une vie à ce recit. Il met du volume à ces mots, c’est magnifique, notamment quand il joue la colère toute contenue du notaire ou aussi la façon dont il place le ‘je préfèrerais pas’. Ensuite c’est le personnage qui me plait, à travers ses écrits et sa vie. On sent toute l’humilité, l’humanité de cet artiste qui met son talent au service du texte et non pas un texte connu à son service. Je ne savais pas du tout ce que pouvait donner la lecture d’un texte, j’avoue que sur le papier on peut se poser la question, mais non c’était un grand moment. Je vous recommande vivement d’aller le voir si vous en avez la possibilité, quoi qu’il fasse d’ailleurs, au moins pour l’homme qu’il est. J’ai été grandement séduit.

Doy.

Il y a des hommes comme ça qui forcent le respect, l’admiration, qui irradient de sagesse et de bonté. Daniel Pennac fait partie de ceux-là. J’avoue avec honte ne jamais avoir lu la saga Malaucène, et avoir survolé trop rapidement ‘Chagrin d’école’, qui est pourtant un très beau témoignage sur le métier d’enseignant (mais pas que…). Je voudrais simplement remercier Doy de m’avoir permis d’écouter cette voix si chaleureuse, si douce, qui se prête si bien à la lecture d’un texte, comme c’était le cas hier soir avec ‘Bartleby’. Je n’ajouterai donc pas grand chose à ce qu’il a très bien su vous faire partager, si ce n’est que, la représentation terminée, j’étais très émue, et que je serais bien restée là, à écouter Daniel Pennac toute la soirée…

Shifue.

Sophia Aram – Crise de foi

Festival Off (Avignon 2010) – Théâtre des Béliers

Avec l’été recommence la saison des festivals un peu partout en France et sur Avignon, place au théâtre ! Comme pour la rentrée littéraire, le choix est cornélien tant le nombre de spectacles va croissant d’année en année : plus de 1000, tous genres confondus, pour cette édition ! Dans ce dédale de représentations, de compagnies, de théâtres, comment faire son choix me direz-vous ? Plusieurs possibilités : se diriger vers un auteur, une pièce connus et appréciés ; laisser faire le bouche à oreille ; se laisser convaincre par les troupes qui tractent tous les jours et sans relâche sous le soleil avignonnais dans la joie et la bonne humeur.
Pour ce qui est de ce spectacle, ‘Crise de foi’, je me suis laissée entraîner par ma cousine qui connaissait Sophia Aram à travers le ‘Fou du Roi’, l’émission de Stéphane Bern sur France Inter (voleur de prénom !!! Non, c’est rien, j’me comprends…). La thématique de la religion et de ses excès me branchait bien, mais je ne savais pas trop à quoi m’attendre ne connaissant pas la comédienne. Eh bien, je dois dire que j’ai passé un très bon moment. Sur un sujet particulièrement sensible, Sophia Aram – une pêche d’enfer et un talent d’imitatrice indéniable – parvient à faire rire sans tomber dans le piège de critiquer une religion plus qu’une autre. Non, elle s’attaque aux trois religions monothéistes avec la même causticité, en pointant les incohérences des textes sacrés et le comportement de certains croyants qui observent parfois des règles absurdes au nom de leur foi. Née dans une famille de confession musulmane, Sophia Aram raconte à un moment du spectacle que la religion a marqué son enfance et a été responsable pendant plusieurs années de ses insomnies, son rôle étant de culpabiliser et de faire peur aux hommes. J’ai noté quelques phrases hilarantes, et notamment celle-là : « Je suis à la religion ce que Ferrero Rocher est à la diplomatie ». Classe, non ?? Pour finir, à  l’adresse de ceux qui seraient tentés d’aller voir ‘Crise de foi’ mais qui hésitent peut-être encore, je délivrerai le conseil donné aux spectateurs avant la représentation : ‘Ce spectacle s’adresse à ceux qui placent leur humour au dessus de leur foi’. Bon divertissement !

Shifue.