La septième vague

La septième vague – Daniel Glattauer – Grasset – 2011 – 352 pages

la-septieme-vagueRésumé (4ème de couverture) : Leo Leike était à Boston en exil, le voici qui revient. Il y fuyait la romance épistolaire qui l’unissait en esprit avec Emmi. Elle reposait sur trois principes : pas de rencontres, pas de chair, pas d’avenir. Faut-il mettre un terme à une histoire d’amour où l’on ne connaît pas le visage de l’autre ? Où l’on rêve de tous les possibles ? Où l’on brûle pour un(e) inconnu(e) ? Où les caresses sont interdites ? « Pourquoi veux-tu me rencontrer ? » demande Léo, inquiet. »Parce que je veux que tu en finisses avec l’idée que je veux en finir » répond Emmi, séductrice. Alors, dans ce roman virtuose qui joue avec les codes de l’amour courtois et les pièges de la communication moderne, la farandole continue, le charme agit. Léo et Emmi finiront de s’esquiver pour mieux… s’aimer !

Mon avis : Parlons un peu de la suite des aventures épistolaires d’Emmi Rothner et Léo Leike au terme du premier opus « Quand souffle le vent du nord ». Initialement comme je l’avais évoqué ici même cette histoire ne devait semble-t-il pas avoir de suite. Ce sont les demandes insistantes de nombreux lecteurs qui ont poussées Daniel Glattauer a écrire la suite de ce très bon roman. Bon il s’est peut-être dit aussi que ça pourrait rapporter un max de brousoufs mais là c’est une supposition tout à fait personnelle… Toujours est-il que continuer un roman censé être un one shot n’est pas forcément chose aisée, c’est du moins ce que je me suis dit pendant les 50 premières pages. Je ne suis pas rentré immédiatement dans le rythme me disant que l’auteur n’arrivait pas à raccrocher immédiatement les wagons (ou bidons comme on dit chez moi…) entre eux. De plus l’effet de surprise n’est plus, forcément, le même quand on connait déjà les personnages et leurs défauts, le rythme, le style. Un début en demie teinte selon moi. Mais, mais, mais (pour faire écho au si, si, si d’Emmi) la magie opère au fil des pages en retrouvant ces mails tantôt cinglants, ironiques, cyniques, percutants tantôt emprunts de sensibilité, doux, sincères, naïfs de deux personnages qui ne peuvent se passer de s’écrire par envie irrépressible, par besoin obsessionnel. Comme le tome 1 ça se lit très (trop) vite, les mails sont dévorés sans respirer, les pages défilent. Je me suis même dit en refermant ce livre que je lisais âchement vite, mais non en fait, j’ai cru un moment que j’avais un super pouvoir. Le jeu des personnages est intéressant bien qu’ils n’aient guère changés, adeptes du je t’aime moi non plus, du jeu du chat et de la souris, de se dire les choses, à demi mot, sans vouloir se dévoiler, de j’avance et je recule pour enfin, peut-être, sur un malentendu, passer du virtuel au réel. Et pour quel résultat ? Georges Clémenceau n’a-t-il pas dit « Le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier » ? C’est bien de ça dont il s’agit ici, rencontrer – ou pas – la personne qu’on idéalise par mail. N’est ce pas se confronter à la réalité et faire retomber toute la magie qui n’existe que parce que la relation est impossible ?

Enfin, de nombreux passages m’ont « parlé », pour ne pas dire plus, faisant écho à ma propre histoire, ce qui procure une sympathie supplémentaire pour ce livre et pour ses deux protagonistes. J’ai donc passé, malgré le début un petit peu mitigé, un fort bon moment.

Citations : « Je vis ma vie, tu vis la tienne, et nous vivons le reste ensemble. »

« Parce qu’au final, toute fin est aussi un commencement. »

« Et avec les mails, on passe aussi ensemble le temps qui sépare deux messages. »

Note : 4/5

Doy.

La nuit des temps

La nuit des temps – René Barjavel – Presses Pocket – 1968 – 381 pages.

La nuit des tempsRésumé : Dans l’immense paysage gelé, les membres des Expéditions Polaires françaises font un relevé sous-glaciaire. Un incroyable phénomène se produit : les appareils sondeurs enregistrent un signal. Il y a un émetteur sous la glace… Que vont découvrir les savants et les techniciens venus du monde entier qui creusent la glace à la rencontre du mystère ? « La nuit des temps, » c’est à la fois un reportage, une épopée mêlant présent et futur, et un grand chant d’amour passionné. Traversant le drame universel comme un trait de feu, le destin d’Elea et de Païkan les emmène vers le grand mythe des amants légendaires.

Mon avis : Attention poids lourd de la littérature en approche. Dans ma PAL(P) il y a des incontournables que j’avais pour le moment contourné mais il arrive un moment où il faut revenir aux fondamentaux et reprendre par les bases. Ce jour est arrivé. De Barjavel je n’avais lu jusque là que « Ravage », ok ça date car c’était au siècle dernier… Il était donc temps lors de cette rentrée littéraire de lire une nouveauté de l’année… 1968. Les chefs d’œuvre c’est comme les bons vins, faut les laisser vieillir avant de les consommer. Allons donc voir s’il ne s’est pas madérisé.

J’avais déjà remarqué lors de ma précédente lecture que René Barjavel n’est pas du genre optimiste optimiste, connu pour ses romans d’anticipation qui expriment l’angoisse devant une technologie que l’homme ne maîtrise pas/plus. En refermant ses bouquins (du moins les 2 que j’ai désormais lu) je me suis dit que l’Homme (l’humain j’entends) est pourri jusqu’au trognon et qu’il serait préférable d’aller ouvrir une micro-brasserie au fin fond de la France et n’y voir plus personne. Pourquoi ? Pour boire des bières et oublier que l’Homme est pourri. Pourquoi micro ? Parce que sinon ça fait trop à boire et j’aime pas gaspiller. Mais je m’égare. Quoique… Car il est bien là le thème du livre – en plus de l’amour éternel qui uni Eléa et Païkan – les hommes et la société dans laquelle nous évoluons sont à jeter. La société de consommation, d’expansion, de conquête, telle que décrite ici nous renvoie l’image de ce que nous sommes : des insatisfaits en perpétuelle quête de plus. Plus d’argent, plus de biens, plus d’amis (virtuels ou non), plus de gloire, plus de « like », plus d’amour, plus de plus… Posséder plus ! Pourtant Eléa ne dit pas « Païkan est à moi » mais « Je suis à Païkan », la nuance est essentielle, primordiale !
Quand René passe l’ambiance trépasse… Je vais prendre un bol d’air et je reviens…

Me revoilà j’ai pris l’air, chargé de gaz carbonique, mangé un bout de poulet, génétiquement modifié, et j’ai vu plein d’amis, sur facebook : je me sens mieux. Je disais donc, ce livre l’est-il bien ou bien ? Ben bien, très bien même. Un livre à lire et sans doute à relire, à conseiller aux enfants en âge de le comprendre. Certes la narration est un peu datée mais très détaillée, précise, ciselée, rythmée. Il faut se remettre dans le contexte et essayer de lire cette histoire avec un oeil 50 ans en arrière. Il est nécessaire de se rappeler que les ordinateurs n’étaient qu’à leur balbutiement, l’auteur les décrit d’ailleurs plus évolués qu’ils ne le sont encore aujourd’hui. De plus, Barjavel fait de l’anticipation au passé, 900 000 ans plus tôt, quand les hommes étaient tellement plus évolués que nous mais toujours aussi cons, il faut appeler un chat un chat… Il eut donc été dommage de ne pas connaitre cette formidable histoire d’amour, de ne pas lire et comprendre la force des sentiments que rien n’emporte. Et puis enfin, le bouquet final, le dénouement, la conclusion, les dernières pages… où le happy end est définitivement un concept étranger à l’auteur.

Je suis heureux d’avoir enfin pris le temps de lire cette petite merveille de la littérature d’anticipation dépressive. Un petit chef d’œuvre. Je vais maintenant regarder Lagaf ou TF1 (ou les deux, c’est pas incompatible) pour me changer les idées… Ou plutôt, l’idée du siècle – autosatisfaction mode ON – je vais aller dormir un peu et me reposer car la nuit détend !

Citations : « Je suis entré et je t’ai vue. Et j’ai été saisi aussitôt par l’envie furieuse, mortelle, de chasser, de détruire tous ceux qui, là, derrière moi, derrière la porte, […] attendaient de savoir et de voir. Et qui allaient TE voir, comme je te voyais. Et pourtant, je voulais aussi qu’ils te voient. Je voulais que le monde entier sût combien tu étais, merveilleusement, incroyablement, inimaginablement belle. Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité. »

« Mais ces soucis étaient pour demain, pour tout à l’heure. Vivre les malheurs d’avance, c’est les subir deux fois. Le moment présent était un moment de joie, il ne fallait pas l’empoisonner. »

« La merveilleuse, la totale innocence d’Eléa leur montrait à quel point la civilisation chrétienne avait – depuis saint Paul et non depuis le Christ – perverti en les condamnant les joies les plus belles que Dieu ait données à l’homme »

« Et voilà ! Ils sont là ! Ils sont nous ! Ils ont repeuplé le monde, et ils sont aussi cons qu’avant, et prêts à faire de nouveau sauter la baraque. C’est pas beau ça ? C’est l’homme ! »

Note : 5/5

Doy.

En attendant Bojangles

En attendant BojanglesOlivier BOURDEAUT – Finitude – 2015 – 159 p.

Non, vous n’avez pas la berlue ! Ceci n’est pas un doublon de l’article posté par Doy il y a quelques jours, contrairement aux apparences. Ceci n’est pas une pipe non plus, mais ça vous l’aurez déduit de vous-même.
Bref, cette fois ci je ferai court. De toute façon, je ne saurai pas trop quoi ajouter qui n’aurait déjà été dit ou écrit au sujet de ce très beau premier roman, au vu de l’accueil unanime de la critique ou du lecteur lambda (et non delta pour les intimes… euh, en fait, je crois qu’il n’y a que moi ou presque qui me comprends, je vais donc arrêter tout de suite ces blagues à deux balles car je sens qu’elles ne vous font pas rigoler du tout).
Je me contenterai donc simplement de vous dire que je l’ai quasiment dévoré – non, je ne suis pas papivore, je l’ai simplement commencé et fini dans la même journée… – et que je me suis très vite laissée emporter par l’originalité du scénario et le côté doux dingue des personnages, tout du moins tels qu’ils évoluent au début. J’ai également beaucoup aimé la narration à double voix : celle, principale, du fils ; mais aussi celle du père, dont on comprend mieux à la toute fin d’où elle vient et pourquoi elle apporte un contrepoint et de la profondeur à l’histoire. C’est une très belle histoire d’amour : émouvante, drôle, décalée ; mais également dramatique car dès les premières pages on se dit qu’il y a quelque chose qui cloche, sans trop savoir comment tout cela va se terminer. Bref, un très bon moment de lecture !
Et maintenant, qu’allez-vous lire ? me demanderez-vous. Eh bien, il vous suffit de jeter un oeil à la rubrique ci-contre : « Que lisent-ils ? »…

Note : 5/5

Shifue.

 

C’est la rentrée…

lecturesete2016blogAu risque de sembler opportuniste, mais sans vouloir aucunement voler la vedette à mon cher et tendre Doy qui a initié le premier son retour sur notre modeste blog, j’ai souhaité lui emboîter le pas sans trop tarder. Voilà donc, c’est chose faite !
Il sait à quel point et pour quelles raisons je suis heureuse de le voir « de retour » ici. Non pas que j’attendais qu’il le fasse, campée en mode boudeur genre « s’il n’y va pas, je n’y vais pas non plus », pour ensuite moi-même faire mon come-back l’air de rien. Je peux avoir parfois ce travers, qui veut que je me fais un point d’honneur à m’en tenir à des principes qui ne valent bien sûr que pour moi… Mais non, que nenni, ce blog a toujours été un espace de liberté pour nous deux, donc il n’y a pas de raisons que ça change ! La raison principale de cette absence, comme Doy l’a si bien expliqué, tient essentiellement aux nombreuses et/ou belles choses qui se sont passées durant ces longs mois et qui dans un sens, fort logiquement, font que l’on ne peut pas en même temps « être au four et au moulin ».
Petite digression, déjà – oui, je sais, je suis un peu spécialiste du genre, je connais mes défauts, mais je travaille à les corriger, si, si, je ne mens pas… – au sujet de l’emploi de proverbes : j’avais inauguré une catégorie d’articles sur notre blog, intitulée « Citations » et baptisée aussi « Isabellades », en référence à ma chef de l’époque qui, bien qu’ayant fait les « meilleures études » du monde (je vous laisse mettre entre les guillemets la discipline qui vous siéra le plus, en l’occurrence pour mon ex-chef il s’agissait d’études littéraires…) maniait – et manie sans doute toujours, mais aujourd’hui je ne suis plus en capacité de le vérifier – la langue française avec parfois une approximation certaine. Tout ça pour dire, donc, que je compte bien alimenter cette catégorie à nouveau en reprenant l’écriture d’articles de ce type même si, comme je viens de le dire, ma principale source s’est tarie depuis. Il va falloir que je fasse oeuvre de perspicacité pour trouver dans mon entourage, professionnel ou non, d’autres fournisseurs officiels d’expressions « mal-t’-à-propos » si je veux pérenniser cette catégorie. Malheureusement, mon nouveau chef est beaucoup moins porté sur l’approximation. Damned !
L’envie qui me titille en revenant ici est au fond la même que mon mari adoré (eh oui, encore une belle chose intervenue au cours de cette période d’abstinence…) : laisser une trace, avant tout pour moi et pour lui – oui, je sais, c’est pas beau de se faire passer en premier, mais là il s’agit aussi de mémoire personnelle, et notamment de garder le souvenir de mes propres lectures, petite tête de moineau que je suis, surtout en ce moment. Car, l’âge aidant, les impressions ont tendance à s’effacer aussitôt le livre refermé. Et ce afin, ensuite, de les partager (avec lui bien sûr et avant tout, mais ça nous le faisons aussi en dehors de ce blog, heureusement) avec vous autres qui nous suivez, et je vous en remercie très sincèrement… Snif, vous me tireriez presque une larme…
Donc à mon tour de vous parler de mes lectures de l’été qui apparaissent sur la photo (je vous demande par avance de m’excuser pour la qualité douteuse de celle-ci, prise pourtant avec soin grâce à un objet hautement technologique siglé d’un logo fruité, qui s’avère une fois instagramisée particulièrement pourrie. Non, pas la pomme, la photo ! Vous suivez vraiment pas, hein !?! Oups… J’ai dit une connerie ?…). A ce propos, deux remarques en forme là encore de digression, désolée. La première : il manque sur cette photo un roman de Murakami que j’ai bel et bien lu cet été et sur lequel je reviendrai plus bas. La raison est qu’après quelques recherches, certes rapides, je ne l’ai pas retrouvé sur nos étagères de bibliothèque. Donc, mon chéri, nos prochains aménagements deviennent plus que nécessaires, ça se confirme… La seconde : Doy a beau dire : « c’est pas moi le plus intelligent de nous deux », « tu lis beaucoup plus que moi », etc etc…, eh bien j’ai maintenant la preuve qu’il aura lu cet été plus que moi, et ça, ça me fait plaisir ! En ce qui concerne l’intelligence… « Non, pas taper » : c’est comme ça que tu dis ?
Mais je m’aperçois que ce que je viens d’écrire est déjà bien long et qu’en continuant ainsi je risque de vous ennuyer et de vous faire rebrousser chemin. Je vais donc tenter l’impossible pour moi, qui parfois ne sait pas couper court lorsqu’il le faudrait, en n’écrivant que quelques lignes sur chacun des six romans lus en 1 mois et demi d’un temps à la fois long et court… Mais je m’égare là…
Les heures silencieuses de Gaëlle Josse, tout d’abord. Roman prêté par une copine – à qui je dois d’ailleurs le rendre… – dont le titre est particulièrement bien porté : lu en 2-3 heures, aussi silencieuses donc que le veut son titre, un jour que je préfère oublier. Ce roman restera néanmoins dans mon souvenir un très beau portrait de femme, éprise de liberté malgré les convenances et les raideurs de la haute bourgeoisie hollandaise du XVII ème siècle à laquelle elle appartient. Un destin à la fois bouleversant et empreint de courage et d’abnégation. J’en recommande la lecture !
Les amants du Spoutnik d’Haruki Murakami. L’un de mes auteurs préférés, et ça ne date pas d’aujourd’hui puisque j’en parlais déjà dans ma présentation il y a six ans, preuve que je ne mens jamais, hé hé ! Une histoire d’amour triangulaire, donc impossible, comme Murakami en a le secret. Tout cela dans un espace-temps teinté d’étrange, d’onirisme, où le vrai et le faux, le réel et l’irréel, se mêlent sans cesse. Beaucoup aimé, m’a fait oublier les déceptions ressenties à propos de deux de ses romans les plus récents, sur lesquels je n’ai d’ailleurs pas posté : 1Q84 et L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage.
Une journée d’Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljénitsyne. En l’occurrence, ça s’appelle une séance de rattrapage, ce genre de lecture ! Un incontournable de la littérature classique contemporaine. Une écriture poignante pour une histoire dure et bouleversante : celle de Choukov, bagnard dans un camp de travail de l’ex-Empire soviétique, que l’on suit tout au long d’une interminable journée. L’homme est-il encore un homme dans de telles circonstances ? Que lui reste t-il lorsqu’il n’a plus d’autre espoir, à l’issue d’une journée de travail éreintante dans le froid sibérien, que de manger au dîner une ration de « soupe » supplémentaire, chèrement gagnée parce qu’il a fini avec le temps par comprendre comment fonctionne le système entre détenus ? Un roman « philosophique » qui interroge sur le sens de la vie, l’honneur, l’humanité.
Mon très cher amour de Françoise Giroud. Un bon moment de lecture, une écriture fluide qui ne lâche pas son lecteur en l’amenant là où elle veut, jusqu’à cette chute à laquelle il est difficile de s’attendre. L’histoire d’un amour dont on sait dès le départ qu’il ne se terminera pas en happy end. Nous avons acheté récemment sur une broc On ne peut pas être heureux tout le temps, que je lirai sans doute prochainement.
Questions à mon père d’Eric Fottorino. Un beau livre, autobiographique, sur la relation entre un fils et son « père ». Père biologique en réalité, longtemps nié et rejeté par ce fils qui croyait qu’il les avait abandonnés, sa mère et lui. Un père qu’il s’est longtemps interdit d’aimer, notamment du fait de la présence de son autre père, le « vrai », celui qui lui a donné son nom et l’a reconnu. Il découvrira avec le temps, alors que la maladie est installée, qu’elle menace de les séparer à nouveau et de rompre le dialogue enfin restauré, que la vie n’a pas toujours souri à cet homme, notamment du fait de ses origines juives. Une belle histoire d’amour filial.
Les évaporés de Thomas B. Reverdy. Last but not least, le dernier livre lu, refermé pas plus tard qu’aujourd’hui.  L’un des vendeurs de la broc précédemment évoquée – sur laquelle nous avons fait une véritable razzia sur les bouquins pour une somme totalement dérisoire : environ 30 pour autant d’euros ou à peine plus… – nous en avait dit beaucoup de bien. Et je confirme. Ce roman-fiction – l’auteur explique dans une postface qu’il s’est inspiré de faits réels, durant un séjour au Japon, et met en scène un poète qui existe bel et bien et porte le même nom que l’un des personnages – est écrit d’une belle plume. L’histoire mêle les destins de quatre personnages qui, peu après la catastrophe de Fukushima, sont en quête : un détective privé américain et celle qu’il aime encore, une Japonaise, à la recherche du père de celle-ci – un « évaporé », comme la société japonaise nomme ceux qui, du jour au lendemain, quittent tout sans espoir de retour, car l’honneur ainsi perdu leur interdit de réintégrer leur ancienne vie ; l’évaporé en question, à la recherche de la vérité ; un adolescent, à la recherche de ses parents après le tsunami. La fin m’a particulièrement plu. Un auteur que je compte suivre…

Et me voilà arrivée au terme de ce premier post de retour sur notre blog. Je vous dis à très bientôt donc, puisque comme mon amoureux vous l’a dit, plus on lit, plus on a envie de lire, alors… Et ça marche aussi pour plein d’autres choses, et pas que la bière, na !     


 

Je reviendrai avec la pluie

je-reviendrai-avec-la-pluie-787172Takuji Ichikawa – Flammarion, 2012 

Quel jour mieux choisi qu’un jour de pluie pour renouer avec notre blog, après des semaines d’absence ? A fortiori, et comme un fait exprès, pour vous parler d’un véritable coup de coeur pour un roman au titre évocateur, et en l’espèce totalement approprié : « Je reviendrai avec la pluie » ? Oui, je sais, c’était facile. Mais encore fallait-il y penser… Eh bien, fatalité de la météo oblige – celle-ci se faisant assez capricieuse en ce mois de mars réputé pour l’être – c’est sous un soleil radieux et printanier que j’écris ces quelques lignes.
Nous nous devions en effet de rassurer nos trèèèès nombreux lecteurs (en particulier la Tribu d’Anaximandre
), désespérés de ne plus nous voir par ici. Oui, je plaisante bien sûr, et vous le savez bien.
Là où
je ne plaisante pas, en revanche, c’est au sujet du coup de coeur qui est le mien pour ce roman paru au Japon en 2006, où il a dépassé la barre du million d’exemplaires vendus. Ne sachant trop à quoi m’attendre en commençant sa lecture, je me suis laissée prendre petit à petit par l’histoire et le caractère « fantastique » (au sens de surnaturel) des évènements racontés par le narrateur, qui n’est autre que le principal protagoniste du livre. Le sujet de départ, peu gai comme vous allez le comprendre, pouvait pourtant sembler peu original : Takumi et Yuji, un père et son jeune fils de 6 ans, se retrouvent seuls et désemparés après le décès de leur femme et mère, Aio. Pour aider Yuji à surmonter son chagrin et cette absence irremplaçable, Takumi invente la planète Archive (appelée « Archevie » par Yuji, dans un lapsus assez révélateur), sur laquelle Aio habiterait désormais en compagnie de tous les défunts. Un au-delà imaginaire mais qui possèderait une existence bien réelle en sorte. C’est d’ailleurs pour cette raison là que Takumi s’attache chaque jour à donner à Archive une physionomie et des qualités propres au gré des questions de Yuji, lui permettant ainsi de donner un peu de sens à cette perte absurde. Ce que Takumi passe sous silence en revanche, sans doute pour ne pas dévoiler un secret qui pourrait être éventé et compromettre sa concrétisation (si l’on peut dire les choses ainsi…), c’est que Aio lui a promis à la veille de sa mort qu’elle reviendrait au début de la saison des pluies afin de s’assurer que tous les deux s’en sortent bien, malgré tout. En dépit du caractère irrationnel de cette promesse, Takumi est convaincu qu’Aio apparaîtra bel et bien dès les premières gouttes de pluie tombées. Et en effet, la prophétie s’accomplit bientôt. N’osant d’abord y croire, l’enfant hésite à approcher de sa mère, qui vient d’apparaître dans cet endroit précis du bois où ils avaient l’habitude d’aller se promener tous les trois. Petit à petit les deux hommes font le premier pas en direction de cette femme qui semble ne pas comprendre ce qu’elle fait là.  Car Aio est devenu amnésique. Il va donc lui falloir faire connaissance à nouveau avec ce jeune fils, et ce mari si particulier (on comprend mieux pourquoi au fil de la lecture), et réapprendre tout ce qui faisait son quotidien. Serait ce le point de départ d’une nouvelle vie pour cette famille de nouveau réunie ? Et d’une nouvelle histoire d’amour pour ce couple ?
Dès les premières lignes, j’ai été séduite et captée à la fois par l’histoire et le style de la narration, fluide et d’une grande simplicité, mais néanmoins non dépourvu de poésie. Mais, et c’est peut-être ce qui fait que j’ai eu un véritable coup de coeur pour ce roman, c’est une très belle histoire d’amour qui nous est racontée ici, et celle-ci m’a profondément touchée et émue. Car si l’on se doute de l’issue de ces retrouvailles, le roman ne sombre à aucun moment dans la mièvrerie. Bien au contraire, il va directement au coeur du lecteur et interroge sur le sens profond de l’amour qui anime, qui fait vivre, qui pousse celui qui aime et celui qui est aimé à aller au-delà de ses propres capacités et limites. Bref, c’est un livre qui fait du bien, même s’il n’est pas dépourvu de mélancolie. Pour toutes ces raisons, je vous en recommande la lecture : par temps de pluie bien au chaud sous la couette, ou au contraire au soleil du printemps, étendu(e) dans l’herbe…